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La fosse initiatique et le Pendu du tarot

 

Sur le Bacchus de Pompéi, ou plutôt un jeune initié devenu « bacchos », on peut observer sur son pied droit un reste de la corde avec laquelle il a été remonté de la fosse la tête en bas, d’où les rougeurs du visage. Le tarot de Marseille a conservé l’ïmage de la remontée de la fosse, suggérée par l’absence de sol sous le Pendu, par une corde attachée au pied droit, dont on voit le reste à Pompéi.

Dans le rituel initiatique dionysiaque, depuis l’affaire des bacchanales en 186 av. J.-C. relatée par Tite-Live, une « descente » au fond d’un antre est attestée, àl’aide d’une machinerie, précise l’historien romain, naturellement suivie d’une remontée. Mais les rares informations disponibles sur cette partie du rituel, transmises par Tite-Live, ne permettent guère de cerner son déroulement dans le détail.

Des informations complémentaires sur une descente dans un antre initiatique existent cependant pour d’autres rituels grecs, et le père Festugière a le premier tenté une reconstitution de l’initiation bachique à partir d’un autre rituel du même genre [Etudes de religion grecque et hellénistique, Ed. Librairie philosophique Vrin.]. Cet éminent helléniste s’appuyait sur le témoignage précis et vécu de Pausanias, qui relate le rite oraculaire de Trophonios àLébadie, en Béotie [livre IX, XXXIX] :

« Il n’y a point d’escalier pour arriver au fond. Lorsque quelqu’un veut entrer dans l’antre de Trophonios, on lui apporte une échelle étroite et légère, en descendant, vous trouvez un trou (...). Il met ses pieds dans l’ouverture, et cherche ày rentrer jusqu’aux genoux. Aussitôt qu’ils y sont, le corps est entraîné avec autant de violence et de rapidité que l’est un homme par un de ces tourbillons que forment les très grands fleuves les plus rapides (...). On remonte par l’ouverture qui a servi pour descendre, et on en ressort les pieds les premiers. »

Le récipiendaire est donc d’abord englouti, les jambes en avant, dans une sorte de boyau qui le mène au fond d’une caverne, comme un toboggan. Ensuite, il est remonté àla surface la tête en bas en étant tiré par les pieds, nous dit Pausanias dans le cadre de cet oracle. La similitude des deux rituels pour ce qui est de la descente elle-même permet de penser qu’elle se prolonge à la remontée, et que l’initié aux mystères de Bacchus était alors pendu la tête en bas, comme Le Pendu, pour être remonté.

Selon ce chroniqueur grec du IIe siècle après J.-C., la personne remontée de l’antre, encore sous le coup de l’émotion et de la terreur, devait se placer sur un trône et raconter au prêtre ce qu’il avait vu, entendu ou ressenti au fond de la crypte. Exactement comme on le voit ici sur la fresque de Pompéi.

Dans le débat de savoir si la salle de la Villa des mystères était ou non bacchanal, la question de la fosse initiatique n’a, semble-t-il, pas vraiment été discutée. Or toute la villa est construite sur une immense cave, dont je n‘ai pas encore trouvé les plans. De plus, dans le cubiculum situé juste à côté, il y a une sorte de cheminée qui conduit directement à cette cave, qui pourrait être cette fosse où le jeune initié était précipité et par lequel il était remonté par une corde nouée à une cheville. Cela ne constitue pas une preuve définitive, loin de là, mais cet élément de la villa plaide pour un lieu d’initiation constitué par ces deux pièces contiguës.

  

Dans le livre les Mystères du gynécée, l’éminent antiquisant Paul Veynes conteste fermement le caractère ésotérique ou initiatique de cette fresque. Il est en effet tout à fait possible que toute la fresque n’ait pas ces caractères « sacrés  » et présente des moments ordinaires de la vie du gynécée. Mais que certaines parties soient profanes n’interdit en rien que d’autres contiennent des éléments du rituel, d’un culte essentiellement féminin à l’origine qui plus est, bien connu donc des gynécées. Ces détails, comme la corde à la cheville ou la sandale perdue pour ce qui est de cette seule scène, montrent à tout le moins que le peintre et/ou la commanditaire connaissaient parfaitement cette initiation, même s’ils ont été très discrets dans son évocation en ne reproduisant que des modèles consacrés, mais avec de légers détails en plus à destination des initiés, comme des clins d’œil audacieux.

Le trône dionysiaque et l’Empereur - l’Impératrice du tarot

Les trônes dionysiaques sont généralement flanqués de deux fauves, panthères ou lions.

Il y a une relation très étroite entre ce trône rituel et les représentations de Dionysos chevauchant une panthère, dans une position assez curieuse pour cet exercice, même pour un dieu.

Placé de côté, le dieu semble déséquilibré vers l’arrière et en même temps stable. Cependant, si on interprète ces grands félins comme une représentation symbolisée du trône (et réciproquement), la position du dieu perd son « incohérence » apparente.

La position du dieu sur le fauve n’est pas non plus sans rappeler celle du Bacchus-bacchant de la Villa des mystères. Cependant, difficile encore de relier entre elles ces images sur un rituel autour de ce trône, car celui-ci devait intervenir pour des cérémonies différentes de ce culte ; donc, plusieurs rites différents autour du trône ont pu être figurés symboliquement par ces images du dieu sur un fauve, ou sur le trône.

L’aigle du trône de l’Empereur a peut-être les ailes des panthères comme origine, comme on le voit sur le trône du Louvre. Il faudrait voir ici, à l’origine, non pas un empereur, mais Silène sur le trône dionysiaque, avec un thyrse à la main.

Sans pouvoir affirmer quoi que ce soit en raison des altérations iconographiques, il y a quand même un air de ressemblance entre Dionysos sur son trône félin ci-dessus et l’Epereur du tarot, et d’abord dans la position des bras et mains ; les jambes croisées ont néanmoins subi une inversion.

Si lien il y a, avec l’Impératrice il faudrait reconnaître la domina sur le trône de la fresque de Pompéi, avec un thyrse. L’écusson avec l’aigle sur le côté gauche semble répondre à l’autre aile mystérieuse à droite au niveau de l’accoudoir, rappelant indirectement les ailes des fauves de chaque côté du trône du Louvre. Dans son geste avec l’écusson, on peut reconnaître aussi celui qui consiste à enlacer le Bacchus-bacchant par la prêtresse sur le trône de la fresque de Pompéi.

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