La Côte fleurie (Pays d'Auge, Calvados)

Falaise de
Houlgate à Villers-sur-Mer
Falaise de
Blonville à Bennerville
Falaise de
Trouville à Criqueboeuf

Expositions ouvertes au public

La côte entre l'embouchure de la Dives et Honfleur est une alternance de plages et de falaises. Si les premières font toujours la joie de vacanciers, les secondes ont, pendant longtemps, fait celle des amateurs de curiosités naturelles, les collectionneurs de fossiles. On a employé parfois le terme de pillage pour désigner certains excès, qui ont valu le classement de quelques sites. Parfois cela se justifiait, quand il s'agit par exemple de préserver un stratotype, c'est-à-dire la coupe de référence qui a servi à définir un étage géologique, comme la falaise des Hachettes, près de Port-en-Bessin, à partir de laquelle Alcide d'Orbigny avait défini le Bajocien. Mais il y a aussi des excès en ce domaine, comme tous les interdits systématiques et aveugles frappant la collecte de fossiles dans le Crétacé inférieur du Sud-Est, par exemple.

Mais pis encore que les arrêtés d'interdiction ­ souvent arbitraires et injustifiés ­, pour ce qui concerne la Normandie, les principaux sites fossilifères sont actuellement pour la plupart ensablés, en partie à cause des dragages incessants de la baie de Seine (et tout ce que cela induit comme pollutions avec les métaux lourds et les hydrocarbures...), dont le produit est rejeté au large et qui revient inexorablement vers la côte, ou également en raison d'aménagements de digue, ou de consolidations par des enrochements, et surtout des hivers doux sans véritables tempêtes.
Néanmoins, selon les marées, les éboulements, les déplacements des bancs de sable, quelques collectionneurs avertis arrivent encore à compléter leur collection.


Falaise de Houlgate à Villers-sur-Mer
Vaches-Noires

ATTENTION !

SITE PROTÉGÉ

Cette falaise peut être dangereuse pour celui qui les visite (éboulement imprévu, enlisement dans la boue ­ un truc : se munir d'une pince pour sortir les bottes « plantées » ­, obus de la Seconde Guerre, etc.). Mais le chercheur imprudent ­ et même le promeneur ­ peut causer aussi la chute d'une pierre (ou plus), qui ne s'arrêtera parfois que sur la plage...
Soyez donc très prudent, pour vous et pour les autres, respectez le site et faites confiance à votre chance en observant dans les blocs déjà éboulés.

Site mondialement connu, la falaise des Vaches-Noires offre encore la meilleure coupe disponible pour l'observation du Callovien supérieur et de l'Oxfordien, malgré les ensablements et les éboulements. Depuis la fin du siècle dernier, après les relevés de Hebert, de Henri Douvillé (père de Robert Douvillé, voir bibliographie) et enfin de Raspail, les différents niveaux ont été numérotés H1, H2, H3, etc. Même si cette coupe se réfère davantage à des différences d'ordre lithologique (présence de nodules, couleur et consistance des argiles, etc.) qu'aux différents assemblages des faunes fossiles (horizons), elle est encore communément employée. Les argiles ont fourni de nombreuses ammonites pyriteuses, souvent très belles.

Enfin, à signaler un petit musée de paléontologie au syndicat d'initiative (voir la page consacrée aux expositions ouvertes au public)


Argiles de Dives
Callovien supérieur : zone à Q. lamberti

Les argiles de Dives affleuraient il y a encore quelques années à marée basse entre le bout de la digue de Villers et la pointe d'Auberville, sur le « plateau ». Ce n'est pas la première fois qu'elles disparaissent ; ainsi, la dernière fois qu'elles se sont trouvées dégagées, ce fut après un retour de froid avec neige et tempête à un mois d'avril ­ plus personne ne les attendait ­, mais l'ensablement n'était pas encore aussi généralisé sur la côte qu'actuellement.

A la base, quand les marées sont assez fortes, on pouvait observer sur la plage il y a encore quelques années (photo) les bancs du Callovien supérieur, les marnes (ou argiles) de Dives, mais elles sont actuellement sous le sable. Parfois, en hiver, certaines parties réapparaissent, mais la tendance reste à une montée inexorable du sable sur toute la côte. Ce fut d'abord les couches du Mauvais-Pas (du nom de la falaise de Dives), la zone à Peltoceras atlheta, qui disparurent, avec la construction de la digue et de la voie de chemin de fer au début du siècle. A la fin de celui-ci, c'est la zone à Quentedtoceras lamberti qui disparaît peu à peu, mais, avec de la chance (en hiver surtout), on peut encore parfois l'apercevoir entre Houlgate et Villers-sur-Mer :


Argiles de Villers
Oxfordien inférieur : zone à Q. mariae


A la base, argiles de Villers, surmontées par une barre calcaire plus brune : l'oolithe de Villers ; puis une couche argileuse : couches à Lopha gregarae ; et une seconde barre calcaire : l'oolithe de Trouville, en partie masquée par des éboulements du Crétacé (petite couche d'Albien surmontée de la craie du Cénomanien).

Au-dessus des argiles de Dives, les argiles (ou marnes) de Villers marquent le début de l'Oxfordien et du Jurassique supérieur. Jadis, quand le relevé de la coupe fut effectué à la pointe d'Auberville, on pouvait observer la base de cette formation, mais un éboulement venu des couches crétacées a masqué ce point d'observation. Dans les éboulements de Bennerville, il arrive cependant que ces niveaux soient visibles. Le point le plus bas que l'on puisse observer (H7) se situe côté Houlgate, au niveau d'un chemin bien tracé menant à l'un des campings de la Corniche, entre Houlgate et Auberville (photo de gauche ci-dessus).


Oolithe de Villers
Oxfordien inférieur : zone à C. cordatum

Cette séquence argileuse est coiffée par un banc repère facilement reconnaissable : l'oolithe ferrugineuse de Villers. Ces bancs contiennent toutes sortes de fossiles, bivalves divers, oursins (Nucleolites), quelques gastéropodes, et bien sûr des ammonites, hélas pas toujours très bien conservées.

C'est surtout à la base du premier banc que l'on trouve des céphalopodes, dont des Euaspidoceras remaniés (ci-contre Euaspidoceras douvillei, diam. : 12 cm), ceux-ci se présentent en effet sous forme de moule interne (lignes de suture visibles) avec des petites huîtres encroûtées dessus, ce qui signifie que l'ammonite était déjà un fossile quand ces bivalves se sont fixés.

Avec eux des peltocératinés et des Cardioceras gr. Bukowskii , identifiés jadis comme cordatum. L'oolithe appartient donc à la zone à Cardioceras cordatum, sous-zones à Cardioceras bukowskii et (d'après la littérature géologique) à C. costicardia ­ je n'ai pas encore reconnu cette dernière espèce en collection. La sous-zone à cordatum (la fin de l'Oxfordien inférieur) est absente, sans doute érodée.

Comme pour l'oolithe de Trouville, il ne sert à rien d'« attaquer » la couche à la barre à mine in situ : non seulement, en déployant beaucoup d'efforts, on n'a guère de chances d'en trouver de la sorte, mais ­ et surtout ­ cela dégrade le site et est très dangereux pour les promeneurs en contre-bas. Le site est déjà protégé, mais bénéficie encore d'une bienveillante tolérance, aux collectionneurs de le respecter s'ils veulent être respectés dans leur occupation : une falaise n'est pas une carrière ! Mieux vaut donc encore, comme toujours, observer dans les éboulis, ou au bas de la falaise, cela fait plus de blocs à observer en fait et augmente les (maigres) chances de récolte.


Couches à Lopha gregarae,
oolithe de Trouville et Coral-rag
Oxfordien moyen : zones à P. plicatilis et G. transversarium

En bas à gauche,
le sommet de l'oolithe de Villers.
Au-dessus, les argiles
à Lopha gregarae et Myophorella hudlestoni,
sans ammonites.
Au sommet; les bancs
de l'oolithe de Trouville,
coiffés par le Coral-rag.

Couches à Lopha gregarae et à Myophorella hudlestoni

  • H 16 : couche à Lopha gregarae
  • H 17-H 22 : couches à Myophorella hudlestoni
  • Rattachées récemment à la formation de l'oolithe de Trouville, perdant de la sorte leur individualité en tant que « formation », ces couches sont le désespoir des collectionneurs d'ammonites.Alors que l'on pouvait suivre l'évolution des cardiocératidés, par exemple, en remontant la falaise, comme les représentants de la zone à C. cordatum, ceux la zone à C. vertebrale feront défaut dans les collections locales (bien que Vertebriceras soit cité par M. Rioult dans La Synthèse géologique du bassin de Paris [BRGM]). Elles contiennent en revanche de nombreuses petites huîtres excentrées.

    Oolithe de Trouville

    Cette formation, difficilement accessible en falaise à Villers-sur-Mer, a livré une riche faune, non pas par la quantité d'individus récoltés mais par celle des espèces (ou des morphes), avec parfois un état de conservation admirable. Si les bancs paraissent bien individualisés côté Villers (numérotés de H23 à H33 par Hébert et Henri Douvillé), vers Houlgate ils semblent se déliter en caillasse (la carte géologique emploie le terme de « caillasse d'Auberville »). On y reconnaît les deux partries principales, l'oolithe ferrugineuse à la base et l'« oolithe blanche » au sommet. Il peut être intéressant d'aller reconnaître ces niveaux en coupe afin de pouvoir après indentifier les blocs éboulés sur la plage ou dans les grosses ravines. Etant malgré tout très pauvres en ammonites, ils sont souvent négligés par les chercheurs amateurs ; pourtant, c'est dans ceux-ci qu'ont été trouvées les plus grosses et les plus belles pièces, et elles ont généralement un caractère d'« exception ». Mais elles sont de plus très difficiles à dégager, à nettoyer et... à voir.

    Comme pour l'oolithe de Villers, il ne sert à rien d'« attaquer » la couche à la barre à mine in situ : non seulement, en déployant beaucoup d'efforts, on n'a guère de chances d'en trouver de la sorte, mais ­ et surtout ­ cela dégrade le site et est très dangereux pour les promeneurs en contre-bas. Le site est déjà protégé, mais bénéficie encore d'une bienveillante tolérance, aux collectionneurs de le respecter s'ils veulent être respectés dans leur occupation. Mieux vaut donc encore, comme toujours, observer dans les éboulis, cela fait plus de blocs à observer en fait et augmente les (maigres) chances de récolte. Sinon on peut toujours aller à Trouville les observer à marée basse en platière ou, pour la partie supérieure, au bas de la falaise aux Roches-Noires.

    Parmi les ammonites, les périsphinctidés dominent sur toute la formation, les aspidocératidés et cardicoératidés, avec Cardioceras gr. excavatum, sont surtout présents à la base de chacune des deux principales séquences.

    Pour le Coral-rag, voir Trouville
    (en travaux, voir ci-dessous)


    Falaise de Blonville à Bennerville

    ATTENTION !
    DANGER !

    Cette falaise peut être très dangereuse aussi, surtout en hiver : tous ceux qui la fréquentent régulièrement vous diront qu'ils ont déjà vu des blocs énormes s'abattre sur la plage sans aucun signe précurseur ! Certains, même, avouent avoir eu beaucoup de chance : « Jétais en dessous cinq minutes avant... » Des accidents mortels dus à des éboulements impromptus ont déjà frappé des chercheurs de fossiles pas très loin (pour des oursins à Saint-Luc), aussi soyez très prudent, et, là aussi, faites confiance à votre chance en observant dans les blocs déjà éboulés.

    Il est impossible de pouvoir effectuer une coupe sur la falaise située entre ces deux localités, les niveaux étant remaniés en tous sens, mais on arrive tout de même à reconnaître la plupart des formations de Villers décrites ci-dessus et à y récolter parfois de beaux spécimens, qu'on ne pourrait trouver actuellement à Villers en raison des ensablements ou de la fausse terrasse faite d'éboulements divers qui masque les couches de la base de l'Oxfordien. Là aussi, les meilleures couches argileuses se situaient sur la plage à marée basse et, là aussi, elles ont été victimes du sable. Il ne reste plus que les éboulements (pas toujours, loin de là, des bons niveaux) pour chercher, quand les marées sont assez fortes et les vents suffisamment puissants pour nettoyer les argiles en surface et faire ressortir les ammonites pyriteuses.

    Pour les niveaux supérieurs, on retrouve l'oolithe de Villers et celle de Trouville, mais celle-ci est surmontée d'un massif coralien assez imposant, que l'on peut voir en place au sommet du mont Canisy, mais sans ammonites. A suivre

    Encore une petite quinzaine de jours
    pour la suite avec Trouville-Villerville
    En attendant quelques photos de la falaise des Roches-Noires

    Voir page d'accueil ou la page pour collectionneurs


    [Retour en haut de page]