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Silène et la présentation des orgia

[Page en préparation]

En attendant le texte prévu pour cette page, mon intervention sur fr.soc.histoire.antique comme première publication.

Quel est le sens réel, voulu pour ce masque ? A vrai dire, je n’en sais rien, ou pas grand-chose. Mais je réfute l’interprétation de Paul Veyne, qui y voit un jeu plaisant. Il parle de l’« épouvante  » provoquée par ce qu’il définit comme un « épouvantail  », se rapportant à des Amours sur des sarcophages qui s’amusent à se faire peur avec de gros masques. Comme beaucoup de commentateurs de cette fresque qui l’ont précédé, Paul Veyne ne dit rien sur l’identité du masque. On parle ainsi, avant lui, à propos de cette peinture, de masque « silénique », lui parle d’« épouvantail » ludique, ou d’une moquerie du vieux Silène par un satyre facétieux.

Pourtant ce masque est bien connu, c’est celui de Pappus, personnage de la comédie atellane, d’origine osque (Atella –  Pompéi fut pendant longtemps osque), qui évoluera vers Pantalone de la commedia dell’arte, un barbon libidineux et avare ridiculisé sans cesse. D’autres figurations de ce personnage sont connues à Pompéi et circum, le musée archéologique de Naples en expose deux sous forme de mosaïque, un petit portrait et surtout la mosaïque venue de la maison dite du Poète tragique, entre autres en raison de cette mosaïque (celle avec le Cave canem). Celle-ci représente les coulisses du théâtre, avec le vieil auteur entouré des acteurs se préparant à la représentation. Au premier plan (au centre en bas), on reconnaît ce masque de Pappus, avec derrière celui de l’ogresse Lamia, et à droite posé celui de Maccus. La comédie atellane, originaire de Campanie, est donc très en vogue à Pompéi. (Merci à ma fille Adeline qui étudie le théâtre pour sa contribution.)

Cette forme de comédie, une improvisation comique sur une trame prédifinie, ne suit pas le même mode sociologique que le théâtre romain en général, car les acteurs de cette comédie n’étaient frappés d’infamie comme les autres comédiens, et bien des jeunes patriciens s’y sont adonnés comme loisir et activité artistique. Donc rien n’interdit que des jeunes fréquentant cette villa cossue pratiquassent cette forme de comédie. Et comme toute troupe de théâtre est sous le patronage de Dionysos/Bacchus, rien ne dément encore l’hypothèse que ce « patronage  » s’accompagnait d’une « initiation bachique », pour assurer l’inspiration à l’artiste, « être habité », en plus d’appartenir à un groupe soudé, thiase-troupe de théâtre, par une expérience commune d’intronisation.

Cette comédie, ce personnage ultra-connu étant destinés à faire rire le public, et ce depuis déjà fort longtemps, l’hypothèse « silénique »ou celle de Paul Veyne qui parle d’« épouvantail » ne tiennent plus à son propos, le visage est trop connu et trop défini. C’est donc à partir de l’identification de la comédie atllane qu’il faut analyser ce détail. Il faut en conséquence reconstruire une ou plusieurs nouvelles hypothèses – les précédentes ayant été trop affaiblies –, sur le r(TM)le, la place et le sens de ce masque dans ce contexte. Que ce soit une simple initiation d’un adolescent au vin comme l’affirme Paul Veyne ou une « orgiaphanie  », comme j’essaierai de le démontrer par la suite, la scène avec Silène est bien une « initiation », et même Paul Veyne le reconnaît. De cela, désormais dans un contexte de comédie atellane affirmé, il est tentant de retenir l’hypothèse que ce masque est destiné à l’autre satyre devant la cruche, un rôle qu’il jouera, après cette intronisation, au sein d’une troupe dont font déjà partie les autres satyres (ceux en pleine nature, dont l’un joue de la flûte, pourraient représenter le chÏur, comme l’acteur de gauche sur la mosaïque du Poète tragique avec son masque de faune posé sur la tête et sa culotte de peau bouffante).

Si l’on reprend ce schéma de relation entre les personnages à propos de l’« accessoire » symbolique et qu’on l’applique au couple danseuse-bacchante (cantatrice d’après Paul Veyne) avec le thyrse, chacune des deux scènes étant par hypothèse acceptée comme étant une initiation, on peut en déduire que le thyrse que tient la bacchante est destiné à la danseuse, comme signe d’intronisation; sur lequel sera nouée ensuite l’étoffe safran de la danse dont je parlais dans mon précédent post, comme on le voit sur le thyrse posé sur le Bacchus central.

Maison du Poète tragique de Pompéi.

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