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Bacchus et le tarot de Marseille

Le montage iconographique ci-dessous présente le point de départ de mon étude sur les origines orphico-dionysiaques de certaines images (lames) du tarot de Marseille, en attendant qu’un éditeur publie cette enquête originale. Celle-ci bouleverse toutes les exégèses de ces symboles formulées jusque-là, ainsi que certains commentaires ordinaires de figurations dionysiaques antiques, et éclaire par des éléments nouveaux certains points obscurs de l’initiation bachique.

 

Bateleur de l’édition Grimaud ; couteau du trésor d'Eauze ;
stuc de Farnésine (musée des Thermes, Rome.)

Le mythe orphique de la passion de Dionysos raconte comment le dieu enfant fut attiré par les Titans dans un piège au moyen de jouets – toupie, osselets, rhombe (voir page suivante)... Les dieux primitifs profitèrent que le très jeune Bacchos contemplait son image divine dans le miroir pour se jeter sur lui, le démembrer, le bouillir puis le griller à la broche, avant de le manger. Seul le cœur échappa à cet acte ignoble, et grâce à Zeus et Athéna, le dieu, après avoir été inhumé à Delphes, confié à son frère Apollon et à Silène, ressuscita pour devenir un des dieux les plus grands, appelé à succéder à son père Zeus. Les Titans, eux, furent foudroyés, et de leurs cendres théophages naquit l’humanité.

Selon quelques rares témoignages antiques, et asez parcellaires, dont celui de Clément d’Alexandrie et le papyrus orphique de Gurob, l’initiation bachique, du moins pour certaines formes de ce culte à mystères, consistait à présenter au jeune myste, souvent enfant lui-même, ces objets avec lesquels les Titans avaient attiré le dieu. Et c’est bien cette scène d’initiation, avec Bacchos lui-même, que figure la première carte du tarot de Marseille, avec cette lame nommée le Bateleur.

A côté des objets de la passion, on reconnaît en outre le couteau rituel, dont un exemplaire a été retrouvé à Eauze, dans le Gers (à droite), le gobelet mini-pressoir, ou lenos (qui signifie aussi cercueil), ainsi que le sac ou la corbeille d’où sort la queue d’un serpent, comme sur les sarcophages romains à représentations dionysiaques ou tel que le relate Clément d’Alexandrie dans sa Protreptique, que ce dernier définit comme « orgion » de Dionysos bassaros.

La ressemblance frappante entre le couteau bachique du trésor d’Eauze (Gers) et le bateleur du tarot ainsi à voir dans la baguette du Bateleur une altération iconographique du thyrse, devenu « baguette magique ». Beaucoup de commentateurs ont vu dans l’autre main du personnage une pièce de monnaie, en relation avec la couleur « denier » du tarot complet. D’autres ont vu, sans doute plus justement, une représentation de la pierre philosophale des alchimistes (la version Camoin présente un objet beaucoup plus petit). La paire magie-alchimie est assez conforme à l’esprit médiéval de cette ultime figuration d’une tradition iconographique mystérieuse, venue de l’ophisme dionysiaque et aurait ainsi le même signifiant que le canthare abreuvant la panthère, celle de « transmuter  », ici le plomb en or, là la sauvagerie en docilité du fauve.

 

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Silène orgiaphante

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